LE NOUVEL ALBUM DE SAMIR BARRIS
"Tenter" l’atout (production Team 4 Action / distribution Bang !)
Samir Barris a un visage d’ange. Plus d’une vous le dira. Pourtant, « Tenter l’atout » ne joue pas la carte sentimentalo-romantique qu’un physique avenant de jeune chanteur lui permettrait d’abattre. Car Samir n’est pas un ange. Faillible, sculpté par l’expérience, capable de déprimes comme de coups d’éclat, il n’a d’autre prétention que d’être un homme. Et plutôt joueur avec ça… A regarder sa main, on prédit que cela va être une belle partie.
Flashback : en 2006 sort « Quel effet ? », premier album solo (après la belle aventure « Melon Galia »), auto-produit, enregistré presque tout seul en home-studio, bourré de défauts et attachant pour cela, un vrai « premier album » en somme. Le single « le fossé » lui ouvre la porte des radios et le cœur de bien des auditeurs, touchés par le message épicurien et bienveillant d’une chanson qui clame que « la ligne d’arrivée a perdu de son intérêt »… invitation à la paresse, ode à la pause.
Trois années, une grosse centaine de concerts, beaucoup de rencontres et une signature plus tard, Samir sort donc « Tenter l’atout ». Un album plus ambitieux que le premier, c’est du moins ce qu’on dit quand un artiste élargit ses arrangements (cordes, vents, claviers, en plus du classique guitare/basse/batterie) et ses horizons : une présence plus franche des influences jazz et latines, des rythmiques plus affirmées, une voix plus mûre et plus posée, un jeu de guitare percussif très identifiable, des récurrences sémantiques (le corps, le mouvement, le jeu), une audace dans la citation (la début très Clash et les chœurs très Beatles de « Tenter l’atout » , le clin d’œil appuyé à Lou Reed dans « Regarde-moi », la posture gainsbourguienne de « Tu files », la bulle Bossa Nova qu’est « Non », le danseur-artiste nietzschéen de « Air », etc.) et des duos tout sauf gratuits (le piquant « Velours et mensonges » avec Vanessa Klak et « La voie Rapide », reprise envoûtante d’Olivier Andu chantée avec la non moins envoûtante Séverine Cayron).
Samir Barris n’a rien changé à sa plume, qui n’a fait que bonifier. Les compositions sont toujours aussi accrocheuses même quand elles se font plus sophistiquées et le disque enchaîne une série non négligeable de chansons « tubesques ». Les textes au vocabulaire riche et choisi refusent de sacrifier le fond à la forme, ni la forme au fond : pas de « pour la rime » ni de licence « néo-réaliste » ici. Fond et forme se tiennent , s’entremêlent, se relancent, se servent et s’élèvent mutuellement. Et instillent à « Tenter l’atout » ce qu’on pourrait désormais ne plus craindre d’appeler le style « Samir Barris ».
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